La confiance en soi n’est ni une simple émotion, ni une compétence que l’on posséderait en quantité plus ou moins grande. Le terme désigne plusieurs phénomènes psychologiques qu’il est utile de distinguer.

Quand nous disons « je manque de confiance en moi », nous pouvons parler de choses très différentes :

  • « Je ne pense pas être capable de réussir cette tâche. » → auto-efficacité
  • « Je ne me considère pas comme quelqu’un de valable. » → estime de soi
  • « Je n’ose pas prendre la parole devant ces personnes. » → confiance spécifique à une situation
  • « Je me sens sûr de moi aujourd’hui. » → état subjectif, influencé notamment par les émotions, le contexte et l’expérience.

La première étape pour développer une confiance plus solide consiste donc à savoir de quelle confiance nous parlons.


1. La confiance en soi n’est pas une émotion

La peur, la joie, la colère ou la tristesse sont des états émotionnels. La confiance ne fonctionne pas de la même manière.

Dans la recherche psychologique, la notion la plus précise pour comprendre une partie importante de ce que nous appelons couramment « confiance en soi » est celle d’auto-efficacité (self-efficacy), introduite par Albert Bandura.

L’auto-efficacité correspond à la croyance qu’une personne a dans sa capacité à organiser et exécuter les actions nécessaires pour atteindre une performance donnée. Elle est donc orientée vers l’action et dépend du domaine concerné.

2. Confiance en soi, auto-efficacité et estime de soi : trois choses différentes

Ces notions sont souvent mélangées dans le développement personnel.

L’auto-efficacité

« Je crois pouvoir accomplir cette tâche. »

Elle concerne une capacité et une situation.

L’estime de soi

« Quelle valeur est-ce que je m’accorde ? »

Elle concerne davantage l’évaluation globale de soi.

La confiance

Dans le langage courant, elle peut désigner l’une ou l’autre — ou un mélange des deux.

Cette distinction est importante parce qu’on ne construit pas une auto-efficacité de la même manière qu’on travaille une faible estime de soi.

Une personne peut par exemple être très compétente et très efficace dans son travail tout en ayant une estime d’elle-même fragile.

Inversement, elle peut avoir une bonne opinion générale d’elle-même tout en doutant de sa capacité à accomplir une tâche nouvelle.


3. Alors, peut-on développer la confiance ?

Oui — mais pas comme on « muscle » un organe.

Ce que la théorie de Bandura permet surtout de comprendre, c’est comment les croyances d’efficacité se construisent et se modifient.

Quatre grandes sources d’information interviennent :

  1. les expériences de maîtrise : ce que j’ai effectivement réussi à faire ;
  2. l’expérience vicariante : voir une personne comparable réussir ;
  3. la persuasion sociale : ce que des personnes crédibles me communiquent sur mes capacités ;
  4. les états physiologiques et émotionnels : la manière dont j’interprète mes sensations, mon stress, mon activation.

Mais ces quatre sources ne semblent pas avoir exactement le même poids.

Une méta-analyse portant sur 61 études et 8 965 participants a notamment trouvé que les expériences de performance présentaient de loin l’association unique la plus forte avec l’auto-efficacité parmi les quatre sources étudiées.

C’est un point essentiel.

La confiance solide ne se construit donc pas principalement en se répétant que l’on est capable.

Elle se construit en accumulant des expériences qui fournissent au cerveau des raisons de le croire.


4. Le mécanisme central : faire → constater → ajuster → refaire

Prenons une personne qui pense :

« Je suis incapable de prendre la parole en public. »

L’objectif n’est pas nécessairement de remplacer cette pensée par :

« Je suis excellente à l’oral. »

Cette affirmation pourrait être totalement déconnectée de son expérience.

Une approche plus solide consiste à créer une situation dans laquelle elle peut agir, observer ce qui s’est réellement passé, recevoir un retour, corriger ce qui doit l’être et recommencer.

Elle peut alors constater :

« J’avais peur. J’ai parlé pendant cinq minutes. Je me suis interrompue deux fois. J’ai pourtant terminé. Les personnes ont compris mon message. La prochaine fois, je travaillerai mon introduction. »

Cette expérience produit quelque chose de beaucoup plus intéressant qu’une affirmation :

des preuves.

C’est l’une des raisons pour lesquelles l’auto-efficacité est associée à l’effort, à la persistance et à la performance. Une méta-analyse de 114 études, représentant 21 616 participants, a trouvé une association significative entre auto-efficacité et performance professionnelle, avec une corrélation moyenne pondérée de r = .38.

Il faut cependant rester précis : association ne signifie pas causalité simple. La relation fonctionne vraisemblablement dans les deux sens : nos croyances influencent notre comportement, mais nos expériences modifient également nos croyances.


5. La confiance n’est donc pas l’absence de peur

C’est probablement l’une des erreurs les plus fréquentes.

Une personne peut avoir peur et agir quand même.

Elle peut ressentir :

  • de l’incertitude ;
  • de l’anxiété ;
  • de la vulnérabilité ;
  • de la tension physiologique ;

tout en conservant suffisamment de croyance dans sa capacité à faire face à la situation.

Cela change profondément la définition de la confiance.

Être confiant ne signifie pas nécessairement : « Je suis certain que tout va bien se passer. »

Cela peut davantage signifier :

« Je ne sais pas exactement ce qui va se passer, mais je crois pouvoir faire face à ce qui va se présenter. »

Cette distinction évite de transformer la confiance en obligation de se sentir constamment fort, calme ou positif.


6. Pourquoi la TCC peut renforcer certaines formes de confiance

La thérapie cognitivo-comportementale est particulièrement intéressante parce qu’elle ne cherche pas simplement à produire une meilleure opinion de soi.

Elle examine les relations entre :

pensées → émotions → comportements → conséquences.

Dans les problèmes de faible estime de soi, les modèles cognitifs mettent notamment en évidence des croyances négatives sur sa propre valeur et ses capacités, ainsi que des stratégies comportementales qui peuvent maintenir ces croyances.

Le travail peut alors porter sur plusieurs niveaux :

  • identifier les croyances centrales ;
  • examiner les interprétations automatiques ;
  • tester les prédictions dans la réalité ;
  • modifier certains comportements d’évitement ;
  • développer de nouvelles expériences ;
  • réévaluer les conclusions tirées de ces expériences.

Une revue systématique et méta-analyse de sept études quantitativement synthétisées a trouvé des effets favorables des interventions TCC fondées sur le modèle de Fennell chez les personnes présentant une faible estime de soi, même si les auteurs soulignent que ces effets doivent être interprétés avec les limites méthodologiques de la littérature.

La TCC ne consiste donc pas à « remplacer les pensées négatives par des pensées positives ».

Elle consiste notamment à examiner si ce que nous pensons correspond réellement aux faits et à modifier les mécanismes qui entretiennent la difficulté.


7. Pourquoi les affirmations positives ne suffisent pas

C’est ici qu’il faut être particulièrement prudent avec le développement personnel.

Dire :

« Je suis puissant. »
« Je suis extraordinaire. »
« Je peux tout accomplir. »

ne constitue pas une méthode scientifiquement établie pour construire une confiance durable.

Une étude expérimentale publiée dans Psychological Science a montré que certaines affirmations positives pouvaient même avoir un effet défavorable chez des participants ayant une faible estime d’eux-mêmes : répéter une affirmation très positive sur soi pouvait les faire se sentir plus mal que dans les conditions de comparaison.

Ce résultat ne signifie pas que toute affirmation est inutile.

Il signifie quelque chose de plus intéressant :

Une phrase positive ne constitue pas nécessairement une expérience crédible.

Pour construire une croyance solide, il est souvent plus utile de confronter la personne à une expérience réelle, observable et progressive.


8. Et l’estime de soi ?

Il ne faut pas confondre confiance et estime de soi.

L’estime de soi répond davantage à une question comme :

« Quelle valeur est-ce que je m’accorde en tant que personne ? »

Elle peut être fragilisée par des croyances telles que :

« Je suis un échec. »
« Je ne suis pas assez bien. »
« Je ne mérite pas d’être aimé. »

Ce registre est différent de :

« Je ne pense pas être capable de réussir cette tâche. »

Les deux peuvent évidemment se renforcer mutuellement.

Une méta-analyse de 2023 portant sur 19 essais randomisés a trouvé que les psychothérapies destinées aux adultes dépressifs produisaient également une amélioration modérée de l’estime de soi, mais avec une forte hétérogénéité entre les études.

La conclusion raisonnable n’est donc pas :

« la thérapie donne confiance en soi »,

mais plutôt :

certaines interventions psychologiques peuvent modifier favorablement les croyances et évaluations de soi qui participent à la confiance et à l’estime de soi.


9. Le rôle de la pleine conscience : observer avant d’agir

La pleine conscience peut trouver sa place ici, mais il faut éviter de lui attribuer un pouvoir qu’elle n’a pas démontré.

Son intérêt pour la confiance ne réside pas dans une formule magique destinée à « augmenter l’estime de soi ».

Elle peut plutôt contribuer à créer un espace entre :

ce que je ressens → ce que je pense → ce que je fais.

Par exemple :

« Je sens mon cœur accélérer. »
« Je remarque la pensée : je vais échouer. »
« Je constate l’envie d’éviter. »
« Je peux maintenant décider de ce que je fais. »

La pleine conscience peut donc soutenir l’observation et la régulation de l’expérience intérieure, tandis que l’expérience comportementale fournit les occasions de développer l’auto-efficacité.

Il faut toutefois éviter d’affirmer qu’elle « construit la confiance » de manière générale : les résultats dépendent des populations, des interventions et des mesures utilisées. Les recherches sur les interventions de pleine conscience montrent notamment des effets variables selon les résultats étudiés.


10. Une confiance solide repose moins sur le sentiment que sur les preuves

C’est probablement le point central à retenir.

La confiance fragile dit :

« Je me sens capable, donc je vais agir. »

La confiance qui se construit peut progressivement devenir :

« J’ai agi. J’ai observé ce qui s’est passé. J’ai appris. Je sais davantage ce dont je suis capable. »

La différence est considérable.

La première dépend fortement de l’état du moment.

La seconde repose davantage sur l’expérience accumulée et l’interprétation que nous en faisons.

C’est pourquoi l’objectif n’est pas de devenir quelqu’un qui ne doute jamais.

L’objectif est de devenir capable de :

observer → évaluer → agir → apprendre → ajuster → recommencer.


11. Trois questions beaucoup plus utiles que « Comment avoir confiance en soi ? »

Au lieu de demander :

« Comment avoir davantage confiance en moi ? »

commençons par préciser :

1. En quoi exactement est-ce que je ne me sens pas capable ?

La confiance est-elle faible dans une situation précise ou dans presque tous les domaines ?

2. Qu’est-ce qui alimente cette croyance ?

Une absence d’expérience ?
Un échec passé ?
Une interprétation excessive d’un échec ?
Une comparaison sociale ?
Une croyance sur sa propre valeur ?
Un comportement d’évitement ?

3. Quelle expérience réelle pourrait me permettre de tester cette croyance ?

C’est ici que le travail devient concret.

Non pas :

« Comment puis-je me convaincre que je suis capable ? »

mais :

« Quelle expérience me permettra de savoir davantage ce dont je suis capable ? »


Conclusion

La confiance en soi n’est donc ni une émotion que l’on devrait chercher à maintenir en permanence, ni une compétence que l’on développerait simplement par la répétition d’exercices positifs.

C’est un terme général qui recouvre plusieurs phénomènes psychologiques.

Parmi eux, l’auto-efficacité est particulièrement importante : elle désigne la croyance que nous avons en notre capacité à accomplir une action ou une tâche donnée. Elle influence notamment le choix des activités, l’effort et la persistance, et elle se construit en partie à travers nos expériences.

La confiance durable ne consiste donc pas à éliminer le doute.

Elle consiste à développer une relation plus juste avec ce que nous pensons pouvoir faire, à confronter nos croyances à l’expérience et à apprendre de ce que nous faisons réellement.

La confiance n’est pas la certitude de réussir.
C’est la conviction que l’on peut faire face, apprendre et agir.

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